La dernière chance : le contrôle des fusions

La dernière chance pour sauver MySQL du rouleau compresseur Oracle est que les autorités de la concurrence bloquent l'accord. A moins que Oracle fasse de réelles concessions, pas un semblant.

Beaucoup d'entre-vous dans la communauté ne sont pas très familiers avec les lois de la concurrence et du contrôle des fusions. Inversement, les autorités de la concurrence ne sont pas familières avec le logiciel libre de manière générale. Oracle a essayé d'utiliser ces deux circonstances à son avantage. Il est temps d'informer.

Une transaction importante comme le rachat de Sun par Oracle nécessite l'approbation des autorités de la concurrence. Non seulement dans les pays où ces entreprises ont leurs domiciles légaux et leurs quartiers généraux, mais aussi dans tous les autres pays où ils effectuent une part significative de leurs affaires.

Il y a des marchés très importants dont Oracle dépend, l'Union Européenne en fait partie. Plus grande que les États-Unis en terme de Produit Intérieur Brut et taille de population. La Chine deviendra probablement la première puissance économie mondiale dans un futur proche. La Russie est également une grande puissance avec des ressources naturelles et une forte population… Si les autorités de l'un de ces marchés principaux dit NON à la fusion, Oracle renoncera probablement à l'acquisition de Sun. Nous ne voulons pas empêcher Sun d'avoir un futur sous la coupe d'Oracle, aussi le fait que les autorités peuvent refuser et confèrent un levier pour dire à Larry Ellison (PDG d'Oracle) : "Laissez tomber MySQL ou vous n'avez pas l'accord".

D'une manière légale, les autorités ne le diraient pas ainsi. Les autorités de la concurrence ne peuvent pas obliger les entreprises en situation de fusion à faire une chose en particulier. Mais elles peuvent regarder ce que ces entreprises proposent et si cela est nuisible pour le marché ; elles peuvent dire Non jusqu'à ce que le notifiant (dans ce cas Oracle) fasse une proposition satisfaisante. Si Oracle ne fait pas une telle proposition à temps, un régulateur peut uniquement dire Oui ou Non à l'accord global. La décision est donc toujours principalement dans le camp de l'entreprise qui veut voir l'accord approuvé. L'autorité ne dit pas : "Faites ceci, faites cela", mais elle peut dire : "Ce n'est pas convenable, vous devez revenir avec quelques une proposition acceptable."

Les autorités sont à raison sérieusement concernées par le rachat de MySQL. La Commission Européenne a publié une communication des griefs le 9 Novembre 2009. Soit un nombre de 155 Bloomberg, expliquant en détail pourquoi les utilisateurs seraient susceptibles de souffrir d'une baisse d'innovation et de prix plus élevés si Oracle prenait le contrôle de MySQL. A la fin Octobre 2009, Oracle s'est sentit obligé de retirer sa demande aux autorités de la concurrence en Russie, tel qu'il fût rapporté par l'agence de presse Dow Jones.

Oracle revendique qu'il n'y a pas de problèmes de concurrence car, selon Oracle, MySQL est principalement une base de donnée pour le web et bas de gamme qui ne peut pas vraiment faire concurrence aux produits haut de gamme d'Oracle. C'est faux. Bien sûr Oracle peut offrir des fonctionnalités que MySQL n'a pas. Comme il est expliqué sur la page "Fonctionnel, évolutif et crédible", cela ne signifie pas pour autant qu'elles ne rentrent pas en compétition dans des domaines significatifs. Le directeur général de la Commission Européenne a dit lors d'une conférence que l'Union Européenne a des preuves que MySQL est utilisé non seulement pour des applications de petite taille ou pour le web, mais aussi comme "base de donnée transactionnelle complexe", utilisé dans le cadre d'applications critiques.

Oracle affirme également que MySQL n'a pas une part de marché importante. Cette revendication est faite uniquement sur la base des revenus générés, une méthode de comptage qui ne fonctionne pas avec les solutions open source. MySQL est en fait largement utilisé, probablement la base de données la plus utilisée dans le monde, avec 20 millions d'installations estimées, ce qui exerce une pression importante sur Oracle. Étant disponible gratuitement pour de nombreux usages. Le représentant officiel de l'UE susmentionné précisait dans un discours public que MySQL est bien plus important sur le marché que ses revenus le suggèrent. Ce lien Cet article de blogue explique pourquoi dans les marchés numériques actuels un produit ou un service peuvent être extrêmement pertinents, même sans générer de revenus (tels Twitter jusqu'à présent) ou être si agressif au niveau prix que son importance est bien plus grande que ses revenus (pensez à Skype).

En plus de sa structure de prix, l'architecture flexible de MySQL qui permet d'enficher des moteurs de stockage de bases de données est un autre facteur clé à prendre en compte.

Oracle semble savoir que ces arguments à propos de MySQL sont faibles. C'est pour cela que Oracle se cache derrière l'argument GPL. Cette illusion est discutée sur la page "La GPL n'est pas une réponse" vous pouvez aussi consulter cet article de blog à ce propos.

Cette campagne se poursuivra jusqu'à ce que chaque marché d'importance ait pris sa décision finale sur l'accord. Les autorités peuvent faire une annonce en public à propos de leurs intentions mais si elles prennent une décision finale, elles la publieront. En attendant restons debout en tant que membres de la communauté et battons nous pour le futur de MySQL.

Dans l'Union Européenne, la situation est particulièrement intéressante car Oracle avait reçu une date limite (même étendue de six jours ouvrables) afin de proposer une solution formelle. La date limite expira le 14 Décembre dernier. Oracle fît quelques promesses vagues dans un communiqué de presse mais ce ne sont ni des des propositions formelles (pour lesquelles ils auraient dû remplir un document particulier, appelé "Form RM", à l'intention de la Commission Européenne) ni une solution acceptable (parce que même si proposée formellement, ces promesses signifieraient la fin des innovations liées à MySQL ou rendraient juste la dommages un peu moins importants pour les parties tierces concernées).

Oracle s'est entêté à ne pas proposer de solution réelle et sérieuse et a laissé passer une date limite importante en ne faisant pas ce qu'il devrait faire. La conséquence de cette attitude : la Commission Européenne et d'autres régulateurs ont maintenant une base légale et morale pour bloquer l'acquisition de Sun dans sa globalité. Évidemment, il serait encore préférable de trouver une solution qui permette à Oracle de racheter le reste de Sun ; la Commission Européenne ainsi que les autres régulateurs pourraient toujours trouver une manière d'interrompre le processus et de trouver une réelle alternative avec Oracle. Mais si toutes les autres possibilités échouent, ou si Oracle offre seulement des promesses inutiles, alors MySQL devrait être considéré suffisamment important et stratégique pour le marché pour ne pas autoriser Oracle à acheter Sun, en dernier recours.

Oracle a mobilisé des centaines de gros clients pour supporter l'accord et pour diminuer l'importance de MySQL.

Dès à présent nous avons besoin de votre aide immédiate, et l'aide de vos amis et des amis de vos amis, pour montrer aux régulateurs autour du monde (ainsi qu'aux médias, qui joueront un rôle important ici) combien MySQL compte. Si nous réalisons cela, ensuite nous pouvons gagner. Oracle a utilisé ses moyens pour faire pression, maintenant nous devons utiliser les nôtres. Aidez s'il vous plaît. Signez la pétition maintenant.